Ombre lointaine des montagnes Ombre lointaine des montagnes Hier soir, j’ai regardé un film adapté des débuts littéraires de Kazuo Ishiguro. Je pensais qu’il s’agissait d’un film émouvant, mais il s’avère que c’est un thriller. L’histoire suit le souvenir d’une mère raconté à sa fille, décrivant la lutte de l’héroïne japonaise pour quitter le Japon après la Seconde Guerre mondiale. Le récit principal est clairement structuré ; ce n’est qu’à la fin, lorsque la fille confronte les souvenirs de sa mère avec une relique de sa sœur aînée, qu’elle découvre que sa mère mentait. Dans ses souvenirs, elle a créé une figure opposée : une mère qui cherche désespérément à échapper à la réalité, traitant cruellement sa fille aînée. Cette figure n’est pourtant que la même personne que sa propre mère, réunissant lumière et obscurité en un seul être. Le film dépeint également le beau-père, interprété par Tomokazu Miura. Ce vieil intellectuel, après la guerre, refusait de se repentir, estimant que ses incitations de droite d’autrefois servaient les intérêts du pays, jusqu’à ce qu’il soit vertement critiqué par un jeune universitaire. Le récit de Kazuo Ishiguro met intelligemment en lumière les blessures enfouies de la nature humaine. Pour emprunter le cadre existentialiste de Sartre, dans la société moderne, chacun aspire à la liberté, une quête qui s’accompagne inévitablement de l’abandon de certaines responsabilités. Pour combler cette lacune, les individus créent ou fantasment un autrui imaginaire, attribuant à cette personnalité fictive le fardeau toute responsabilité, évitant ainsi tout sentiment de culpabilité face au jugement de ceux qui les entourent. La mère, qui mène une vie active mais traite cruellement sa fille aînée, et le beau-père, profondément dévoué à son pays mais l’ayant conduit vers une guerre injuste, se trouvent tous deux pris dans le même dilemme : incapables de mesurer les souffrances qu’ils infligent, ils justifient leurs actes par des illusions, formant un cercle vicieux. Ce matin, en me promenant dans le petit jardin, ces scènes du film me sont revenues à l’esprit, tantôt baignées de soleil, tantôt plongées dans des ombres changeantes, comme si le réalisateur avait délibérément utilisé la lumière pour instaurer une atmosphère d’irréalité. Cette lumière exagérée manque d’authenticité, mais elle invite le spectateur à percevoir une subtile fausseté et un côté illusoire ; les contrastes chromatiques, la transition entre l’or éclatant et le bleu profond des ténèbres, viennent magnifiquement confirmer cette énigme irrésolue que Kazuo Ishiguro a si bien tissée. http://duanjufenxiang.ongugu.com/
若林